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Arbre, mon ami. Omniprésents dans l'oeuvre de ce peintre, il ne fait aucun doute de ce que les arbres soient ses amis, objet d'attentives observations, voire, sujet de réflexion sur leur pérennité au regard de la précarité humaine. Et les voici, tantôt sentinelles du logis aux frondaisons que rouille l'automne que semble admirer telle jeune femme au balcon ; tantôt, géants végétaux, troncs qu'un soleil estival chauffe à blanc, se faisant complices qui, d'un quatuor de boulistes, qui, de cette réunion attablée à l'heure du Pastis, qu'ils accueillent dans la fraîcheur de leurs ombrages. Puis, lors même qu'en cette cuisine des ménagères préparent le menu du déjeuner sous le regard curieux du chat familier, dans le rectangle d'une fenêtre ouverte sur un coin de nature, s'y inscrit cet arbre en majesté, branches dressées vers le ciel qu'anime le passage de nuages. Une manière par quoi André Bongrand renoue avec les maîtres anciens en conciliant la scène intimiste et le paysage. Ecoutons Platon : "La composition consiste à représenter la variété dans l'unité". Cette unité, Bongrand la créera par un graphisme épuré de l'accessoire, cernant la forme dont il souligne les lignes de forces, et un coloris dont les valeurs complémentaires répondent à celle d'une dominante. Dès lors, l'espace pictural vibre tout entier de lumière cependant que s'en dégage une atmosphère nimbée de sérénité. Et, tout à coup, nous viennent à l'esprit ces lignes d'Anatole France :'T'artiste doit aimer la vie et nous montrer qu'elle est belle ; sans lui, nous en douterions", comment en douter devant les oeuvres dAndré Bongrand ? Jacques Dubois "Arts Actualités Magazine" 1998 Tout se passe comme si le sujet était vu à travers une pellicule d'eau verte ou le taùi jauni d'un miroir sans âge. Aussi la modernité graphique utilisée par Bongrand ne laisse pas de surprendre par ce décalage. C'est une peinture rimbaldienne ou nous retrouvons cette puissance dérangeante pour le regard de la quiétude des jours, traitées avec irrespect. Couleurs opales et irrévérence assonante, ainsi le peintre est-il bien décidé à briser nos idées sur la douce Provence. Il nous propose de revisiter les mythes établis de lumières et de couleurs chatoyantes. Il creuse les fondements de ces légendes pour mettre à nu l'ossature de ces places désertées, des trop longs intermèdes ou la conscience des hommes sommeille sous les arbres, du vide, du manque de substance et de vie. C'est l'entre-deux temps, l'entre-deux lieux, les limbes de l'oisiveté ou le spleen baudelairien va s'emparer de l'âme jusqu'à la nausée. Et cette couleur verte, déclinée des bleus d'eau jusqu'à l'ocre a bien le pouvoir hypnotique de l'opale opiacée de Monsieur de Phocas |