1893
"Mon père a toujours dessiné, pourtant ce n'est resté qu'un passe-temps pour lui, et j'ai commencé comme n'importe qui d'autre. "
À l'Académie d'Amsterdam, où il étudie à partir de novembre 1892, Mondrian se conforme à l'enseignement traditionnel qui place l'accent sur le dessin, l'anatomie et la copie d'après les maîtres. Pendant ses loisirs, il peint avec plus de liberté des paysages et des natures mortes, deux genres qui offrent, avec le portrait, des débouchés pour les artistes qui veulent faire carrière. Il reste toutefois fidèle à la grande tradition de la peinture hollandaise du X'Vlle siècle qui repose sur une conception de la réalité, liée au protestantisme, lequel considère la nature comme un "second livre" divin après la Bible. La représentation de la réalité quotidienne permet d'accéder à la révélation de "vérités supérieures". La fidélité à la nature demeure, au XIXE siècle, un dogme pour les peintres et c'est la subjectivité de l'artiste "individu" qui confère son caractère poétique à l'œuvre.
Mondrian expose ainsi, en 1893, au Salon du cercle artistique Kunstliefde à Utrecht, une nature morte (cat. 1) dans la tradition de la vanité hollandaise ; cette toile témoigne cependant de ses progrès, notamment dans l'utilisation des couleurs.
Avec assiduité, Mondrian envoie, aux différents Salons organisés par des sociétés d'artistes Arti et Amicitiae, Sint Lucas à Amsterdam à partir de 1897 -, des oeuvres abouties susceptibles de plaire à un amateur ou de le faire remarquer par la critique.
Ses paysages, construits en atelier, montrent bien qu'il n'est plus un débutant. Il s'exerce à manier la brosse avec rapidité, pour un rendu atmosphérique étudié. Le paysage, genre qu'il affectionne particulièrement, sera longtemps l'objet de ses recherches stylistiques les plus poussées.
1893 -1897
"L'artiste, né du passé, va aussi loin que son intuition le mène."
Pour subvenir à ses besoins, Mondrian donne des cours de dessin, peint des copies d'après les maîtres ou des portraits. Cette activité lui permet de payer ses cours du soir quand il décide, en 1894, après deux années d'étude, de se perfectionner à l'Académie d'Amsterdam. Dans les paysages qu'il peint aux environs d'Amsterdam il essaye de se rapprocher des peintres de la dernière Ecole de La Haye comme Hendrik Breitner et Isaac Israël qui utilisent une touche large renouant ainsi avec l'art de Franz Hals et de Rembrandt. C'est en se mesurant à ses aînés que Mondrian ressent la nécessité d'acquérir plus d'aisance. Il s'essaye à différentes manières, utilisant des supports variés : toiles ou cartons de petites dimensions, souvent - par souci d'économie - des remplois d'un travail antérieur (cat. 7). Il travaille également beaucoup sur papier.
La spontanéité de ces exercices dans des petits formats peints en larges touches, avec une matière dense, contribue à une impression d'instantané (cat. 6, 9). Puis il recherche les harmonies dans des structures ordonnées, accordant une place importante aux reflets et aux, juxtapositions de matières (cat. 10, 11).
Dans le même temps, il réalise, avec une facture plus traditionnelle, stéréotypée, une toile ambitieuse Le Singel. Vieil Amsterdam (cat. 5) qu'il envoie, en 1898, à l'exposition d'automne de l'association Arti et Amicitiae.
|