1897-1900
"Je trouve vraiment que la grande ligne est l'élément primordial dans une chose, vient ensuite la couleur. "
Au début des années 1890, aux Pays-Bas, Jan Toorop et Johan Thorn Prikker accordent un rôle majeur au jeu des lignes et des couleurs, du rythme et de la mesure, s'éloignant de la simple perception de la réalité observée ce qui provoque une polémique dans le milieu artistique amstellodamois. Mondrian, qui étudie depuis ses débuts l'esthétique, garde ses distances vis à vis du symbolisme ; certaines de ses oeuvres témoignent toutefois de son intérêt pour ces idées. Il explore les possibilités de divers moyens d'expression et travaille par séries, répétant, dans de grands dessins, un même motif sous des aspects différents. LÉglise de village (cat. 15) est un exemple de cette méthode qui deviendra caractéristique de son travail après 1900.
C'est à Winterswijk qu'il élabore les réseaux de lignes claires et nettes (cat. 12-14), soulignés par des couleurs franches, qui définissent cette grande aquarelle qu'il expose en 1898. On peut également parler de symbolisme pour ses compositions immobiles de sous-bois (cat. 16, 17), qui le rattachent à l'inspiration du romantisme nordique et qui montrent sa volonté d'expérimentation en dehors des canons de La Haye.
Il n'y a pas encore de rupture franche avec la tradition. Mondrian compose, avec une palette atmosphérique de bleus, de bleus-gris, de bruns, des oeuvres crépusculaires et mélancoliques (cat. 18, 19), qui commencent à être remarquées par la critique.
1900-1904
"Après plusieurs années de travail, mon oeuvre, inconsciemment, se mit à dévier de plus en plus des aspects naturels de la réalité. "
À cette époque, Mondrian habite à la périphérie d'Amsterdam et trouve ses motifs dans la campagne environnante traitée dans des esquisses à l'huile finement harmonisées avec un horizon haut placé (cat. 21, 22). Il travaille aussi aux alentours d'Arnhem où, depuis 1901, habitent ses parents (cat. 24).
Au cours de ces années, Mondrian évolue vers une peinture plus libre, marquée peut-être par l'impressionnisme, pourtant peu apprécié aux Pays-Bas. Les formes se font plus succinctes et concentrent la lumière du soleil (cat. 29, 30). Sa palette et sa manière s'éclaircissent (cat. 31, 33) mais il retrouve volontiers le domaine familier des paysages vespéraux (cat. 26) et les
clairs-obscurs d'autrefois (cat. 32).
Mondrian n'est pas insensible à l'occulte et au symbolique lorsqu'il peint une figure de femme plongée dans une méditation extatique, le visage encadré par deux passiflores - les instruments de la Passion du Christ dans l'iconographie chrétienne. On peut y voir l'expression du tragique liée à la recherche du spirituel dans la théosophie, à laquelle s'intéresse Mondrian (cat. 25).
En 1904, Mondrian décide de s'isoler dans le Brabant. Sa peinture change et les larges vues laissent la place à des motifs fermés, des vues d'intérieurs. Il renonce aux nuances et peint avec de longs aplats de couleurs vives, les objets devenant de simples notations schématiques (cat. 33, 34). Il s'affranchit de la tradition avec un coloris irréel (cat. 36). Plus tard, il retracera son évolution vers une "plastique des rapports seuls", qui passe par la libération de l'instable et de l'indéterminé (l'apparence visuelle des choses) pour atteindre ce qu'il appelait la "pure plastique du déterminé". La vue frontale d'une ferme, , caractérisée par la division mathématique de sa surface plane et les couleurs primaires, exprime ainsi 'sa recherche d'une "plastique des rapports déterminés".
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