1904-1908


"L'expérience était mon seul maître."



      De retour à Amsterdam au début de l'année 1905, Mondrian se lance dans de nouvelles recherches, travaillant jusqu'à quinze fois un même motif (cat. 3 8-40). Il peint également dans le Twente (cat. 46) et affectionne les temps gris, sombres ou de plein soleil qui estompent les détails pour accentuer les formes.
      Vers 1906, il poursuit sa réflexion philosophique sur le rôle de l'artiste qui, pour atteindre la permanence et l'universel, doit saisir l'essence des choses, échappant ainsi à l'individualisme et au matérialisme inhérents à l'imitation.
      Mondrian expérimnente les limites de la perception, affirmant les lignes ou au contraire les atténuant, la lumière unifiant les surfaces (cat. 54-58).
      C'est en 1907 qu'il rompt avec les "paysages de crépuscule" pour adopter un style expressif Dans Nuage rouge (cat. 60), il abandonne le dessin, reprend la construction en courbe, tentée auparavant (cat. 54), avec des couleurs pures. Le coloris arbitraire, expressionniste de Jan Sluijters ou de Kees van Dongen exposés chez le marchand de tableaux d'Amsterdam C.M. Van Gogh en juillet-août, ainsi que les oeuvres de Ferdinand Hodler présentées au même moment dans les locaux du cercle artistique Sint Lucas, sont certainement à l'origine de cette nouvelle orientation. Conscient de son audace, Mondrian ne dévoile son nouveau style qu'en 1908, lors du Salon du cercle Arti et Amicitiae, puis à celui de Sint Lucas.

1908-1910


"Il me semble que la clarté des idées doit marcher de front avec la clarté de la technique."


      Les toiles de la fin de l'année 1908 ont pour objet une lumière solaire qui embrase la toile et déforme les contours. Mondrian juxtapose des touches de couleurs (cat. 67), donnant une impression d'ébauche qui n'est pas sans évoquer la démarche d'Edvard Munch. Mondrian admire la puissance symbolique des couleurs utilisées par Vincent van Gogh dans ses dernières oeuvres, qu'il a vues à la rétrospective de 1905 à Amsterdam. Il reprend également ses lignes expressives et sa touche en staccato (cat. 68, 69). Selon ses propres termes, il passe de la "couleur naturelle" à la "couleur pure" (cat. 71, 73, 74).
      Cette palette de ' couleurs intenses, saturées est une caractéristique de son oeuvre jusqu'en 191 0, période qu'on peut qualifier de luministe.


      En septembre 1908, il retrouve Jan Toorop et Cees Spoor à Domburg en Zélande. Il rompt alors avec les paysages antérieurs, isole les motifs de leur environnement naturel pour mieux en cerner les potentialités symboliques, les sujets devenant des signes indépendants (cat. 72, 73, 74).


      Mondrian se joint à ses amis Cees Spoor et Jan Sluijters pour organiser une rétrospective de leurs oeuvres qui débute en janvier 1909 au Stedelijk Muséum d'Amsterdam. Les tableaux de Mondrian, dotés pour la plupart de simples cadres plats en bois, occupent trois salles. Dans la deuxième, le peintre a accroché ses oeuvres les plus récentes, parmi lesquelles deux autoportraits de part et d'autre d'un arbre bleu (cat. 85, 86, 87), exposé avec le cycle des arbres bleus (cat. 70, 76, 77).

      Par la suite, il peint, dans l'île de Walcherem en Zélande, des -séries de phares et de paysages de dunes dans lesquelles la couleur et la forme fonctionnent de façon autonome. Il travaille ces oeuvres sur une longue période, ne les terminant souvent que de retour à Amsterdam (cat. 79-83). C'est là qu'il rehausse certaines couleurs pour accentuer les contrastes bleu/rouge, bleu/orange, en touches longues ou courtes (cat. 84, 88). Son envoi, en avril 1910, à l'exposition de Sint Lucas est un triomphe.